dimanche 5 mai 2013

Jour 144: BOLLYWOOD!


Ça été un choc. Arriver seul en pleine nuit à Mumbai a mis mes sens dans un état d’alerte maximale. C’est ici le chaos! Je croyais que l’Asie était le bout du monde. Ben non. Je suis dans la 2e plus grosse ville du monde après Tokyo, je m’adapte assez rapidement et cette fois je me sens réellement comme un backpacker paumé. J’ai été chanceux tout de même, j’ai rencontré un gars de Toronto à l’aéroport et on a partagé le taxi et la chambre d’hôtel la première nuit. Ça été moins brutal sur le budget. Super sympa le mec, il partait le lendemain pour une croisière de trois semaines en direction de la Grèce. Moi je restais dans mon hotel… En fait c’est pas vraiment un hotel. C’est plus un guesthouse pas propre qui pue avec toilette commune, pas de clim, pas d’internet, pas de papier de toilette, pas d’internet, bref! Me sens comme un backpacker paumé. C’est ce qui a de moins cher dans la ville la plus cher de l’Inde. Sinon il y toujours la Salvation Army mais après avoir lu sur internet, j’ai décidé de me garder au moins un semblant de dignité… Je me répète sans cesse que je suis libre d’être ici et c’est là toute la beauté de la chose. 
J’ai donc un budget restreint de 28$ dollars par jour pour tout le mois en Inde, incluant les transports. Ce qui veut dire que ca me laisse environ 13$ par jour pour vivre. Fini les cinq à sept. J’ai bu une demi bière hier enveloppé de papier journal pis je me suis fait regarder comme le fils à personne. Pas le droit de boire dans la rue. L’alcool ici c’est mal. Le hash c’est plutôt cool! Dommage que j’en consomme plus. C’est correct. Je choisi judicieusement mes dépenses et je suis cheap cheap cheap sur tout. (J’ai même voler du papier de toilette au starbuck ce matin… Ouaip! Je suis rendu là…) En fait jusqu’à la fin du voyage, je devrai être serré car les belles dépenses sont bel et bien terminée. Je ne voudrais surtout pas être à sec avant la fin du périple. (même si c’est ce qui risque d’arriver) Gros achat la première journée : une bouteille de liquide à verre de contact! Hier: un livre de Noam Chomsky (qui est passionnant ma foi!) Ici la pauvreté est à tout les coin de rue. C’est aussi une catastrophe écologique et humanitaire. Tout le monde le savais déjâ. C’est cependant plus brutal quand c’Est dans ta face. Partout l’influence colonialiste anglaise prédomine dans l’architecture. Je suis un peu sur mes gardes chaque fois que quelqu’un tente de me parler.

Premièrement on est dans une grande ville donc la première impression sur les indiens est sûrement biaisé. Son pas toute beau pis fin pis souriant. En fait, ils ont plutôt des air de pas content. Tout le monde me fixe du regard. C’est un peu lourd. Je ne voudrais pas être dans la peau d’une fille. Des hommes partout. En groupe. Quelques femmes au travers mais très peu qui travaillent. Quelquefois j’ai droit à un sourire et je rend la pareille. Sinon plein de gens veulent que je les prenne en photo et sont très content! J’essaie de me garder une gêne et de ne pas juste photographier les côtés sombre de l’inde (comme du monde pauvre couché dans la rue couvert de plaie qui attendent la mort, n’ayant plus la force de bouger ni de parler…) Je me promène et je ne vois pas de touriste, je suis tout seul de blanc, première fois que j’expérimente profond dans une société dont que je ne saisi pas encore bien les rouages. J’aime.

Ici c’est le chaos pire qu’en Asie, du monde partout, tout le temps. La population est partagé entre Hindu, Musulmans et chrétiens. Des fois ils se battent entre eux et il y a des morts mais c’est moins pire qu’avant. Je me suis fait des amis à Mumbai. Certains ne parlent même pas anglais mais c’est pas si grave. On rit ensemble de ne pas se comprendre. Je reste sur un coin de rue et tout le monde vient me voir à tour de rôle pour me demander de l’argent. Je reste stoique et je souris. C’est dur de dire non mais je m’adapte. Autrement, je fais la connaissance de quelques mendiants du coin qui parlent rudement bien l’anglais. Ce sont eux mes amis. Après avoir traversé la barrière du «non je ne te donne pas d’argent», je fais la connaissance de Usha Kale, un dame très gentille avec un grand cœur qui essaie juste de vendre des carte postale pour survivre. C’est une femme forte et qui porte des blessures en elle mais elle survit et c’est très inspirant d’être dans la rue et leur poser des questions sur leur existence. Juste avec ça, je pourrais faire un autre documentaire.

Pour l’instant ma caméra vidéo est réduite au silence. Je prend des photos et je vit l’instant présent en me rapprochant le plus possible de la réalité mordante qui afflige ces gens au quotidien. J’aime leur dire que je suis un homme comblé qui n’a pas besoin de toute ces cochonneries que l’on m’offre continuellement dans la rue. J’ai l’amour d’une fille et c’est tout ce qui compte. Usha me répond par l’affirmative. On passe un peu de temps ensemble, c’est plaisant de discuter et nous pratiquons ensemble notre anglais. Après une visite riche en photographie de la célèbre «Dhobi Ghats giant Laundry de Mumbai (5000 personnes y travaillent pour laver les vêtements des grandes entreprises et du gouvernement) Je décide de m’atteler à mes objectifs primaires de ma visite de Mumbai.

Slumdog millionnaire

J’ai récouté le film. Toujours aussi bon. Je rêvais de jouer dans un bollywood movie et ce rêve ne se concrétisera pas car il n’y a pas de demande en ce moment. Bien sûr, pour me décevoir un peu plus, le directeur de casting m’a affirmé au téléphone qu’il cherchait des filles pour un tournage cette semaine. Ouin… Ma blonde aurait probablement joué dans un film si elle était venue se pointer le nez mais elle en a décider ainsi. La vie est surprenante. Mon attente en face du café Léopold (là ou les touristes sont recrutés pour jouer dans les films) n’aura pas été vain car j’y ai rencontré Usha et d’autre indiens qui m’apporte beaucoup de joie et d’expérience. On a même planifié une activité ensemble. Je lui ai demandé de m’accompagner dans le slum de DHARAVI, le plus imposant de toute l’Asie. Ça c’est un peu plus de l’aventure. Je vais devoir la décrire en détail car je n’ai aucune photo.

On est parti un matin, j’ai tout laissé à l’hôtel donc pas de photo, pas de passeport, pas de bijou, pas de sac, rien! Juste assez d’argent pour le transport et de quoi boire sur la route. Après un train et un tuk-tuk, on est arrivé. Je l’ai su à cause de l’odeur infecte qui a  agressé mes narines. Un mélange de… de… Je ne donnerai pas de détails mais c’est assez répugnant merci. Une vision d’horreur mais moins pire à ce que je m’attendait. Partout la saleté, les trottoirs qui servent de toilette donc il faut marcher dans la rue (et les gens sont assis sur le trottoirs et font leur besoins directement devant toi, au soleil!) Un paysage d’immenses tuyaux remplie d’eau provenant de la ville au loin avec ses gratte-ciels en construction. En avant plan, des tonnes de déchets mélangés à des excréments. L’odeur de plastique est plus forte que la merde. À droite un vieil homme fouille dans les déchets pour en extirper les bouteilles. Autour du slum de Dharavi, un canal ou une eau noire et verte stagne et émane ses effluves au quatre vents. Plus loin, une épaisse couche de détritus couvre complètement le cours d’eau. Une vision post-apocalyptique! Imaginez un canal de 60 pieds de large qui ne contient que des poubelles. Ça donne froid dans le dos.

Contrairement à ce que l’on pense, le slum n’est pas seulement un endroit ou tout le monde quête et cherche à vous voler. Bien sûr j’avais pris toutes les précautions et j’écoutais attentivement les instructions de Usha. Il s’agit d’une micro-société dans lequel il y a des commerces et une économie parallèle. Il y a même des artères commerciales, des immenses tour en construction partout, (des futures condos!) des villages de blocs moyens qui ressemble à des anciennes prisons (les gens plus fortunés du slum les habitent) et enfin des cabane tout croche ou tout les plus pauvres sont entassé. Quand on parle de disparité sociale, c’est ici que ça se passe. On parle de 250 000 personnes au kilomètre carré et pas moins de 5 millions de personnes qui vivent dans ce slum. Un peu moins que la moitié de Mumbai est un milieu dans lequel tu ne voudrais pas te retrouver seul la nuit. Après avoir fait le tour du slum, on est passé aux choses sérieuses. Usha était un peu nerveuse mais nous sommes finalement entré en se bouchant le nez pour traverser  le pont au-dessus du canal de l’éternel puanteur. 


Ce fût magique. Je m’en souviendrai toute ma vie. Promiscuité. Des enfants qui jouent au baseball anglais, la tuyauterie apparente dans des ruelles étroites, le regard hébété, amusé, dur et curieux des gens, les sourires, les petites portes partout, les odeurs, un salon de massage, la crasse sur les murs, les yeux vers le ciel et les taudis montent jusqu’à trois étages, des coins sombres, le jus qui s’écoule sous nos pieds, je demande à Usha de ralentir. Elle est un peu nerveuse. Deux ans qu’elle n’est pas venue ici. On prend une pause pour boire un tchai. (thé au lait sucré) Les gens nous observent. Je suis le plus loin de chez nous que je n’ai jamais été. Je n’ai rien sur moi, tout comme les gens autour de nous et c’est là toute la beauté de la chose. On bavarde tranquillement. Un court moment de grâce. Retour au centre-ville assis par terre dans le train.

J’apprécie bien cette femme qui m’a fait découvrir un endroit terrifiant et merveilleux à la fois. Je décide de lui donner un coup de main. Je veux la préparer à faire des tours de slum pour les touristes backpackers. Je lui explique quelques notions de base au niveau des affaires. Elle veut tellement apprendre mais elle ne sais ni lire, ni écrire et son anglais est de base. Elle n’est jamais allé sur internet. Elle a des rêves. Je tente de l’aider à les accomplir. Nous avons donc fait un tour de slum pour qu’elle puissent en faire profiter à d’autre touriste. Je vais ouvrir un forum sur tripadvisor à son sujet. Je vais lui donner une base de clientèle, j’en suis sûr. En échange, je lui fait promettre d’étudier son alphabet quinze minutes par jour, tout les jours.

Je lui explique et lui martèle sans cesse : «Knowledge is power. If you’ve got knowledge, you will get money and if you have money, you will share it in a way or another around you. Knowledge is reading, writing and knowing the business language.» Elle aime vraiment que je lui donne des idées. Nous travaillons cet après-midi sur la diversification de ses sources de revenus et sur le magasinage d’une nouvelle paire de sandale. Oui j’investi dans sa business et dans son avenir et demain, j’irais lui montrer pour la première fois de sa vie ce qu’est internet. On va lui créer une adresse courriel, je vais la configurer sur son téléphone et ainsi on pourra s’envoyer des photos. Je lui fais promettre aussi de m’écrire un courriel des qu’elle sera en mesure de le faire. C’est ma réalité à Mumbai et je suis bien content de pouvoir aider quelqu’un à s’émanciper.


Petit intermède pour vous dire combien la situation de la femme est poche en Inde. On dit que le nord est encore pire… Mhhhmm… Je suis définitivement au cœur d’une société patriarcale et je ne voudrais pas être une femme ici et devoir me taper la face de mépris que les hommes font aux femmes ici… Ici elle sont battues et violées dans des proportions alarmantes. Quand je vous disais qu’elle a des blessures profondes mon amie Usha, disons qu’elle évite certains sujets... J’ai remarqué ça de façon plus frappante aujourd’hui en marchant dans la ville avec elle. La manière dont les hommes la dévisagent. Peut-être parce qu’elle est avec moi? Étrange pays… Voilà c’est dit. Si il reste des féministes engagées dans notre monde qui se cherche de la job, déménagez donc en Inde, ici vous allez en avoir pour longtemps! Fin de l’intermède.


Demain dernière journée. Je prépare mon itinéraire pour mon départ le jour suivant. Direction le nord en train je ne sais pas ou encore. Je me dirige vers le Rajastan, au sud du Népal. De là, je vais sûrement prendre l’avion pour aller rejoindre la fille que j’aime.

À bientôt Laurence! J’ai hâte de te serrer dans mes bras et t'embrasser! Xxx


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