Ça été un choc. Arriver seul en pleine nuit à
Mumbai a mis mes sens dans un état d’alerte maximale. C’est ici le chaos! Je
croyais que l’Asie était le bout du monde. Ben non. Je suis dans la 2e
plus grosse ville du monde après Tokyo, je m’adapte assez rapidement et cette
fois je me sens réellement comme un backpacker paumé. J’ai été chanceux tout de
même, j’ai rencontré un gars de Toronto à l’aéroport et on a partagé le taxi et
la chambre d’hôtel la première nuit. Ça été moins brutal sur le budget. Super
sympa le mec, il partait le lendemain pour une croisière de trois semaines en
direction de la Grèce. Moi je restais dans mon hotel… En fait c’est pas
vraiment un hotel. C’est plus un guesthouse pas propre qui pue avec toilette
commune, pas de clim, pas d’internet, pas de papier de toilette, pas
d’internet, bref! Me sens comme un backpacker paumé. C’est ce qui a de moins
cher dans la ville la plus cher de l’Inde. Sinon il y toujours la Salvation
Army mais après avoir lu sur internet, j’ai décidé de me garder au moins un
semblant de dignité… Je me répète sans cesse que je suis libre d’être ici et
c’est là toute la beauté de la chose.
J’ai donc un budget restreint de 28$ dollars
par jour pour tout le mois en Inde, incluant les transports. Ce qui veut dire
que ca me laisse environ 13$ par jour pour vivre. Fini les cinq à sept. J’ai bu
une demi bière hier enveloppé de papier journal pis je me suis fait regarder
comme le fils à personne. Pas le droit de boire dans la rue. L’alcool ici c’est
mal. Le hash c’est plutôt cool! Dommage que j’en consomme plus. C’est correct.
Je choisi judicieusement mes dépenses et je suis cheap cheap cheap sur tout.
(J’ai même voler du papier de toilette au starbuck ce matin… Ouaip! Je suis
rendu là…) En fait jusqu’à la fin du voyage, je devrai être serré car les
belles dépenses sont bel et bien terminée. Je ne voudrais surtout pas être à
sec avant la fin du périple. (même si c’est ce qui risque d’arriver) Gros achat
la première journée : une bouteille de liquide à verre de contact! Hier:
un livre de Noam Chomsky (qui est passionnant ma foi!) Ici la pauvreté est à
tout les coin de rue. C’est aussi une catastrophe écologique et humanitaire.
Tout le monde le savais déjâ. C’est cependant plus brutal quand c’Est dans ta
face. Partout l’influence colonialiste anglaise prédomine dans l’architecture.
Je suis un peu sur mes gardes chaque fois que quelqu’un tente de me parler.
Premièrement on est dans une grande ville
donc la première impression sur les indiens est sûrement biaisé. Son pas toute
beau pis fin pis souriant. En fait, ils ont plutôt des air de pas content. Tout
le monde me fixe du regard. C’est un peu lourd. Je ne voudrais pas être dans la
peau d’une fille. Des hommes partout. En groupe. Quelques femmes au travers
mais très peu qui travaillent. Quelquefois j’ai droit à un sourire et je rend
la pareille. Sinon plein de gens veulent que je les prenne en photo et sont
très content! J’essaie de me garder une gêne et de ne pas juste photographier
les côtés sombre de l’inde (comme du monde pauvre couché dans la rue couvert de
plaie qui attendent la mort, n’ayant plus la force de bouger ni de parler…) Je
me promène et je ne vois pas de touriste, je suis tout seul de blanc, première
fois que j’expérimente profond dans une société dont que je ne saisi pas encore
bien les rouages. J’aime.
Ici c’est le chaos pire qu’en Asie, du monde
partout, tout le temps. La population est partagé entre Hindu, Musulmans et
chrétiens. Des fois ils se battent entre eux et il y a des morts mais c’est
moins pire qu’avant. Je me suis fait des amis à Mumbai. Certains ne parlent
même pas anglais mais c’est pas si grave. On rit ensemble de ne pas se
comprendre. Je reste sur un coin de rue et tout le monde vient me voir à tour
de rôle pour me demander de l’argent. Je reste stoique et je souris. C’est dur
de dire non mais je m’adapte. Autrement, je fais la connaissance de quelques
mendiants du coin qui parlent rudement bien l’anglais. Ce sont eux mes amis.
Après avoir traversé la barrière du «non je ne te donne pas d’argent», je fais
la connaissance de Usha Kale, un dame très gentille avec un grand cœur qui
essaie juste de vendre des carte postale pour survivre. C’est une femme forte
et qui porte des blessures en elle mais elle survit et c’est très inspirant
d’être dans la rue et leur poser des questions sur leur existence. Juste avec
ça, je pourrais faire un autre documentaire.
Pour l’instant ma caméra vidéo est réduite au
silence. Je prend des photos et je vit l’instant présent en me rapprochant le
plus possible de la réalité mordante qui afflige ces gens au quotidien. J’aime
leur dire que je suis un homme comblé qui n’a pas besoin de toute ces
cochonneries que l’on m’offre continuellement dans la rue. J’ai l’amour d’une
fille et c’est tout ce qui compte. Usha me répond par l’affirmative. On passe
un peu de temps ensemble, c’est plaisant de discuter et nous pratiquons
ensemble notre anglais. Après une visite riche en photographie de la célèbre
«Dhobi Ghats giant Laundry de Mumbai (5000 personnes y travaillent pour laver
les vêtements des grandes entreprises et du gouvernement) Je décide de
m’atteler à mes objectifs primaires de ma visite de Mumbai.
Slumdog millionnaire
J’ai récouté le film. Toujours aussi bon. Je
rêvais de jouer dans un bollywood movie et ce rêve ne se concrétisera pas car
il n’y a pas de demande en ce moment. Bien sûr, pour me décevoir un peu plus,
le directeur de casting m’a affirmé au téléphone qu’il cherchait des filles
pour un tournage cette semaine. Ouin… Ma blonde aurait probablement joué dans
un film si elle était venue se pointer le nez mais elle en a décider ainsi. La
vie est surprenante. Mon attente en face du café Léopold (là ou les touristes
sont recrutés pour jouer dans les films) n’aura pas été vain car j’y ai
rencontré Usha et d’autre indiens qui m’apporte beaucoup de joie et
d’expérience. On a même planifié une activité ensemble. Je lui ai demandé de
m’accompagner dans le slum de DHARAVI, le plus imposant de toute l’Asie. Ça
c’est un peu plus de l’aventure. Je vais devoir la décrire en détail car je
n’ai aucune photo.
On est parti un matin, j’ai tout laissé à
l’hôtel donc pas de photo, pas de passeport, pas de bijou, pas de sac, rien!
Juste assez d’argent pour le transport et de quoi boire sur la route. Après un
train et un tuk-tuk, on est arrivé. Je l’ai su à cause de l’odeur infecte qui a agressé mes narines. Un mélange de… de… Je ne
donnerai pas de détails mais c’est assez répugnant merci. Une vision d’horreur
mais moins pire à ce que je m’attendait. Partout la saleté, les trottoirs qui
servent de toilette donc il faut marcher dans la rue (et les gens sont assis
sur le trottoirs et font leur besoins directement devant toi, au soleil!) Un
paysage d’immenses tuyaux remplie d’eau provenant de la ville au loin avec ses
gratte-ciels en construction. En avant plan, des tonnes de déchets mélangés à
des excréments. L’odeur de plastique est plus forte que la merde. À droite un
vieil homme fouille dans les déchets pour en extirper les bouteilles. Autour du
slum de Dharavi, un canal ou une eau noire et verte stagne et émane ses
effluves au quatre vents. Plus loin, une épaisse couche de détritus couvre
complètement le cours d’eau. Une vision post-apocalyptique! Imaginez un canal de
60 pieds de large qui ne contient que des poubelles. Ça donne froid dans le
dos.
Contrairement à ce que l’on pense, le slum
n’est pas seulement un endroit ou tout le monde quête et cherche à vous voler.
Bien sûr j’avais pris toutes les précautions et j’écoutais attentivement les
instructions de Usha. Il s’agit d’une micro-société dans lequel il y a des commerces
et une économie parallèle. Il y a même des artères commerciales, des immenses
tour en construction partout, (des futures condos!) des villages de blocs
moyens qui ressemble à des anciennes prisons (les gens plus fortunés du slum
les habitent) et enfin des cabane tout croche ou tout les plus pauvres sont
entassé. Quand on parle de disparité sociale, c’est ici que ça se passe. On
parle de 250 000 personnes au kilomètre carré et pas moins de 5 millions de
personnes qui vivent dans ce slum. Un peu moins que la moitié de Mumbai est un
milieu dans lequel tu ne voudrais pas te retrouver seul la nuit. Après avoir
fait le tour du slum, on est passé aux choses sérieuses. Usha était un peu
nerveuse mais nous sommes finalement entré en se bouchant le nez pour
traverser le pont au-dessus du canal de
l’éternel puanteur.
Ce fût magique. Je m’en souviendrai toute ma
vie. Promiscuité. Des enfants qui jouent au baseball anglais, la tuyauterie
apparente dans des ruelles étroites, le regard hébété, amusé, dur et curieux
des gens, les sourires, les petites portes partout, les odeurs, un salon de
massage, la crasse sur les murs, les yeux vers le ciel et les taudis montent
jusqu’à trois étages, des coins sombres, le jus qui s’écoule sous nos pieds, je
demande à Usha de ralentir. Elle est un peu nerveuse. Deux ans qu’elle n’est
pas venue ici. On prend une pause pour boire un tchai. (thé au lait sucré) Les
gens nous observent. Je suis le plus loin de chez nous que je n’ai jamais été.
Je n’ai rien sur moi, tout comme les gens autour de nous et c’est là toute la
beauté de la chose. On bavarde tranquillement. Un court moment de grâce. Retour
au centre-ville assis par terre dans le train.
J’apprécie bien cette femme qui m’a fait
découvrir un endroit terrifiant et merveilleux à la fois. Je décide de lui
donner un coup de main. Je veux la préparer à faire des tours de slum pour les
touristes backpackers. Je lui explique quelques notions de base au niveau des
affaires. Elle veut tellement apprendre mais elle ne sais ni lire, ni écrire et
son anglais est de base. Elle n’est jamais allé sur internet. Elle a des rêves.
Je tente de l’aider à les accomplir. Nous avons donc fait un tour de slum pour
qu’elle puissent en faire profiter à d’autre touriste. Je vais ouvrir un forum
sur tripadvisor à son sujet. Je vais lui donner une base de clientèle, j’en
suis sûr. En échange, je lui fait promettre d’étudier son alphabet quinze
minutes par jour, tout les jours.
Je lui explique et lui martèle sans
cesse : «Knowledge is power. If you’ve got knowledge, you will get money
and if you have money, you will share it in a way or another around you.
Knowledge is reading, writing and knowing the business language.» Elle aime
vraiment que je lui donne des idées. Nous travaillons cet après-midi sur la
diversification de ses sources de revenus et sur le magasinage d’une nouvelle
paire de sandale. Oui j’investi dans sa business et dans son avenir et demain, j’irais
lui montrer pour la première fois de sa vie ce qu’est internet. On va lui créer
une adresse courriel, je vais la configurer sur son téléphone et ainsi on
pourra s’envoyer des photos. Je lui fais promettre aussi de m’écrire un
courriel des qu’elle sera en mesure de le faire. C’est ma réalité à Mumbai et
je suis bien content de pouvoir aider quelqu’un à s’émanciper.
Petit intermède pour vous dire combien la
situation de la femme est poche en Inde. On dit que le nord est encore pire…
Mhhhmm… Je suis définitivement au cœur d’une société patriarcale et je ne
voudrais pas être une femme ici et devoir me taper la face de mépris que les
hommes font aux femmes ici… Ici elle sont battues et violées dans des
proportions alarmantes. Quand je vous disais qu’elle a des blessures profondes
mon amie Usha, disons qu’elle évite certains sujets... J’ai remarqué ça de
façon plus frappante aujourd’hui en marchant dans la ville avec elle. La
manière dont les hommes la dévisagent. Peut-être parce qu’elle est avec moi?
Étrange pays… Voilà
c’est dit. Si il reste des féministes engagées dans notre monde qui se cherche
de la job, déménagez donc en Inde, ici vous allez en avoir pour longtemps! Fin
de l’intermède.
Demain dernière journée. Je prépare mon
itinéraire pour mon départ le jour suivant. Direction le nord en train je ne
sais pas ou encore. Je me dirige vers le Rajastan, au sud du Népal. De là, je
vais sûrement prendre l’avion pour aller rejoindre la fille que j’aime.




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