mercredi 29 mai 2013

Jour 167 : UN MATIN COMME LES AUTRES

Varanasi, midi et quelques.

En me promenant insouciant sur le bord du mythique fleuve que l’on appelle le Gange, un étrange rituel attira mon attention. Un épais brouillard de fumée empli mes narines. L’odeur n’a rien de réjouissant. La chaleur du brasier fait frissonner ma peau. Partout autour de moi, la mort en direct, la vrai, crue et sans détour. Je sue à grosse goutte mais je garde mes petits soucis pour moi. Un jeune homme m’interpelle et jure devant Brahma qu’il ne veut pas de mon argent. Je suis perplexe. J’ai l’impression de m’être trompé de chemin. Aucune caméra n’est permise. Si tu la sors, on la jette dans le fleuve. C’est simple comme dans Respect. C’était donc vrai. Me voici face à une mascarade des plus étranges. Devant moi brûlent des cadavres sur des bûchers improvisés. Je vois clairement une paire de pied qui dépasse d’un bucher et les flammes danser sur les tibias. 

Les corps sont couverts d’un linceul. Le blanc pour les hommes et le rouge pour les femmes. Autour de nous s’activent des travailleurs aux traits fatigués. Ce sont pour la plupart des orphelins ou des hommes de castes inférieures. Aucune femme n’est admise sur le site. La légende raconte qu’une d’entre elle se serait précipitée dans les flammes lors de la crémation de son époux. Depuis, on leur interdit l’accès. La flamme qui sert à allumer le brasier serait l’œuvre des dieux. Elle est conservée depuis trois mille ans à même le bâtiment principal ou l’on procède à l’enregistrement des arrivants. Pendants que je suis extasié, plusieurs cadavres enrobés de couverture colorés sont respectueusement amené par des porteurs dans le Gange pour être «lavé» avant d’être déposé sur le bucher. Par le feu, ils rejoignent les dieux et seront réincarné comme le veut la croyance. De petits talus délimite clairement la caste à laquelle le défunt appartient. La jambe qui brulait s’est détaché du corps et est tombé près du brasier. Moment étrange. Je marche dans les lieux. Des tonnes de bois secs sont transporté chaque heure pour fabriquer les buchers. Des travailleurs exténués dorment à l’ombre près de moi. Des mouches couvrent leur corps. À coté d’eux, des excréments jonchent le sol. La tête me tourne. J’ai chaud pour vrai. Un homme transporte des os carbonisés à l’aide d’une tige de bambou fendue en deux et les jettent dans le fleuve. À côté, des chiens se lèchent les babines et attendent sur le rivage que l’homme rebrousse chemin. Tout près, des enfants se baignent, insouciants. Il paraît que l’on vient de partout en Inde pour avoir le privilège d’être incinéré dans cette ville sainte. Le dernier voyage, le dernier cycle. Le repos éternel de l’âme après le tortueux karma Hindu.

Quoi de mieux par la suite que de se réfugier à l’air climatisé pour oublier les tracas de la vie et la fatalité de la mort. Je m’en vais regarder un authentique film Bollywoodien pour me donner une idée à quoi ça ressemble. J’avais déjâ essayé à Mumbai de tenter l’expérience, mais sans succès. Le film avait l’air plate. Cette fois-ci, j’en ai eu pour mon argent! Un thriller policier autour de deux frères jumeaux séparé à la naissance qui se retrouvent et… bon… je passe les détails… Un scénario mauvais dans le genre, des dialogues à la… En fait, je ne pourrais pas le dire, le film était en Hindi alors… J’ai quand même compris que c’était pas très bon, pas super bien éclairé et que la violence faite aux femme dans la réalité se transpose aussi dans leur cinéma. (L’antagoniste qui frappe sa poule, puis ils s’embrassent et font l’amour… Pfff…) J’ai bien aimé aussi l’incontournable chorégraphie de danse d’hypersexualisation féminine qui complète bien ce film un peu trop long. Bref! La climatisation était sensationnelle pour une salle de cinéma crasseuse. J’ai quand même rencontré des gens sympathiques. On a même eu droit à un court entracte, histoire de laisser les gens aller chercher un popcorn (J’en connais une qui n’aurais pas ratée l’occasion) Retour à la chaleur accablante de la vrai vie : Je décide d’aller boire une bière pour fêter ça!

Assis dans un sous-sol crasseux près d’une génératrice éteinte de la taille d’une voiture, un homme m’offre gracieusement une carotte. Je croque avec vigueur et rinse le tout avec une gorgée de bière. Je devais seulement en prendre une mais je suis tout ému de cette rencontre avec quatres jeunes indiens avec qui j’ai partagé le 5 à 7. Me parlant tous en même temps, je me sentais comme une vedette ou une personnalité importante à une conférence de presse. Un des plus riches immersions que j’ai eu avec des locaux. L’inde a soudainement une âme. La pauvreté sale et misérable fait place à la sympathie et le partage. La bière coule à flot et j’ai envie d’embrasser tout le monde. On se trouve tous mutuellement des bonnes personnes. Après de chaleureuses poignées de main de mes nouveaux amis, ils me quittent sans crier gare car leur temps est compté! J’ai plus un rond et je dois retourner à la maison. J’ai appris plein de nouveaux mots que j’ai aussitôt oublié… Tout va trop vite! Depuis que mes amis sont partis, douze paires d’yeux me regardent finir ma bière en vitesse. J’entend roter à répétition. Je ne sais pas trop quoi faire… Un drôle de moment je vous dis! Ça fait oublier la route qui m’a conduit jusqu’à Varanasi.


Quelques jours plus tôt, J’arrivais à Agra, une grosse ville ordinaire ou se trouve l’une des merveilles du monde. Je devais rester une journée mais ça ne se passe jamais comme prévu ces histoires là… C’est une semaine de fête nationale en Inde (ou l’on célèbre particulièrement plusieurs mariages en même temps) et comme j’arrive un vendredi très tôt, le Taj Mahal est fermé. Impossible de réserver un billet de train pour m’échapper de la ville… Décidément, Pushkar me manque… J’ai donc rester une nuit de plus, visité le Taj Mahal (qui est ni plus ni moins qu’une tombe royale) tout fait de marbre blanc. Vraiment impressionnant mais… Même genre de clique à touriste qu’au Cambodge avec Angkor Vat! La seule différence c’est que j’ai payé mon entrée le prix que j’ai comme budget total d’une journée en Inde! En tout cas… J’ai une belle photo si quelqu’un veux me l’acheter… C’est donc décidé, je part sans billet, sans itinéraire, sans internet en direction de Varanasi… En bus local! Un peu d’aventure me fera le plus grand bien. Bien mal m’en prit... Outre le fait que la route m’a offert un spectacle de désolation, de curiosité et de prix Pulitzer, je n’ai jamais été en mesure de prendre une seule photo. Les bus locaux Indiens sont les pires. Premièrement dépourvu d’hygiène élémentaire, la crasse y est omniprésente. Partout des familles s’y entassent sans climatisation pour plusieurs heures. L’espace entre les bancs était bien insuffisant pour ma grandeur. Je crois bien qu’à la fin du trajet, j’avais les genoux noirs. Complètement déconseillé au touriste à cause du risque élevé du vol, mon sac à dos est à l’avant du bus seul sans surveillance et moi dans le dernier banc en arrière, dans le fond. Surchargé à pleine capacité, les gens ne veulent pas faire la route debout, donc on s’entasse bien serré. Pas de bulle. Mon gros sac caméra sur moi. Rien à faire sinon que de regarder le paysage défiler et les gens qui meuble cet éternel instant d’inconfort. Ça pue et je suis tout mouillé. 

Nous arrivons tard le soir dans une ville nommé Allahmabad. J’ai un mauvais pressentiment. À cause du nom. Ça fait quatorze heure que j’ai rien avalé. Je suis de mauvais poil. Après m’être vu refusé l’accès dans trois hôtel (no tourist allowed) et fait demander entre 75$ et 150$ pour une nuit dans un hotel de touriste plus une dispute avec mon chauffeur de vélo à trois roues, j’ai décidé de retourner à la gare d’autobus après avoir avalé un trio Marahajah Mac au McDo. Je pense que c’est le trio de marde de clown le plus réconfortant que j’ai mangé de toute ma vie. J’ai même bu la liqueur!(Un gros coke sale... Vraiment j'étais en crise d'hypoglycémie) Malade!!! Un employé m’a donné l’information sur le prochain départ. L’espoir renaissait que j’allais bientôt profiter du repos du guerrier. L’autobus arrive. Tout le monde court. Me fais pousser. Je pousse. Tabarnak. C’est la vie ici. Vingt-deux heures et demi après mon départ de Agra, j’arrivais dans ce petit guesthouse au confins d’une ruelle servant de toilette aux habitants de cette gracieuse ville. Bienvenue à Varanasi mon beau! Un douche plus tard, je dormais déjâ sur mon lit fait de bois avec une grande roche plate en guise de matelas. La panne d’électricité hebdomadaire m’a violemment extirpé de mon sommeil. Mon ventilateur avait cessé de fonctionner.

Une autre ville surpeuplée. Plusieurs touristes dans les rues cette-fois ci. Dans le lobby de l’hôtel, j’ai fais la connaissance de Johnny Wu. Un sympathique chinois avec qui j’ai commencé à discuter. Nous avons convenus de trouver un autre guesthouse un tantinet moins crasseux. Et nous avons déménagé ensemble dans une chambre climatisé au cœur de Varanasi, au fond d’une interminable ruelle aux innombrables racoins. Ça a été les deux meilleures nuit de tout le mois de mai. Aimer le soleil et la chaleur à toujours bien une limite... J’ai atteint cette limite. Le Mexique c’est rien à côté de ça. Comme me disais le propriétaire de mon dernier guesthouse (car j’ai déménagé de nouveau) «Tout le monde souffre de la chaleur en Inde, ça fait parti du karma!» Johnny est parti pour Darjeeling. On se retrouve en principe à Pokhara dans quelques jours. J’ai eu un «mancrush» pour ce mec-là. Il incarne un autre visage de la Chine. On discute de pleins de trucs durant ces trois jours passé ensemble. J’ai envie de visiter son pays. On rencontre des touristes japonais à notre guesthouse. Je suis le seul blanc. Tout le monde est jeune et exalté. Je foutais quoi moi, à vingt-quatre ans à ne pas voyager à travers le monde ? Qu’importe!

Je pars aujourd’hui rejoindre Laurence au Népal. Elle ne le sais pas encore... Je lui ai raconté que je poursuivais mon périple jusqu’au début juin mais j’ai tout planifié avec la complicité de notre amie Caroline avec qui elle passe toute ses journées. J’ai bien hâte de la serrer dans mes bras. En attendant, j’ai treize heures d’attente à l’aéroport de Delhi. En espérant qu’ils ont l’internet! Bye bye!
Dondewad!

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