jeudi 20 juin 2013

JOUR 178: CARTE POSTALE DU NEPAL

Le 30 avril dernier je regardais avec un brin de nostalgie mon copain prendre un vol vers Mumbai que je devais originalement prendre. Deux heures plus tard, je m’envolais aussi, vers Kathmandu, où j’allais être accueillie par Caroline et Pascal. Vous rappelez-vous d’une Montréalaise rencontrée à Bali en janvier dernier? Et bien, on s’adonnait toutes deux à être au Népal en même temps! Elle revient de passer un mois fou en Inde avec Pascal, un bon ami de montréal, et a nettement besoin de répit et de repos, tiens donc! Combien de fois m’a t’elle dit à quel point j’ai pris la bonne décision d’éviter ce pays car le quotidien en Inde ressemble parfaitement à ma description de l’enfer… Chaleur. Chaos. Bruit. Puanteur. Saleté. Arnaque. Injustice et comble de l’enfer, incinération publique. J’ai beau vouloir vivre des expériences étrangères, mon visa indien sera resté vierge dans mon passeport pour cette fois-ci. Je resterai encore ébahie par tous ces gens qui adorent l’Inde, tellement que ces «illuminés» brûlent leur passeport et ne ressortiront pas du pays avant d’être ramenés à la raison par une bonne vieille séance d’électrochocs! Je n’ai pas de regret, au contraire. J’ai lu avec tant d’enthousiasme les derniers récits de David sur le blogue et suis fière de ce qu’il a vécu sans moi car les choses auraient été bien différentes si j’y avais été. Il voulait vivre ces expériences, il aura été servi.

De mon côté, à des milliers de mètres d’altitude, je me suis rapprochée en quelque sorte du paradis (celui décrit par la religion catholique;). Disons simplement que j’avais la tête dans les nuages durant plusieurs jours, au sens propre et au figuré! J’avais besoin d’air frais pour réfléchir clairement à nouveau, l’hiver me manquait possiblement, alors qu’au pays, vous en aviez soupé.

Quatre jours à Kathmandu suffirent pour réserver billet de bus et permis de trek, faire nos achats pour les vêtements et équipement de base avant de prendre la route vers la vallée de Langtang. Débutant par un huit heures de bus ou nous avons dû nous «battre» afin d’obtenir nos sièges réservés spécifiquement à l’avant du bus afin que Caroline ait encore une santé dorsale et que nous ne subissions pas, contre notre gré, un brassage céphalique au second degré. Pascal a malgré tout ajouté sa touche perso à la décoration extérieure du bus en vomissant par la fenêtre! Alors que je regardais le paysage magnifique défiler sous mes yeux, j’ai remarquée également la profondeur abyssale des vallées escarpées et l’étroitesse de la route pour un véhicule aussi gros que le nôtre. J’ai demandé à Caroline si elle avait fait «ses adieux» puisque dès lors, plus rien ne me permettait de croire que nous arriverions vivant à destination. Après une première nuit passée dans le dernier village accessible par voiture à 1460 mètres, nous prenions la trek la plus abrupte pour accéder à un sommet rapidement. Disons que notre rythme fut ralenti entre autre parce que Pascal, conscient de sa condition médicale précaire (du haut de ses 39 ans, il a un défibrillateur implanté au cas ou… :-0») a décidé d’attaquer les montagnes Népalaise avec nous. Je lui lève mon chapeau! 


Notre première journée s’est donc terminée à 2560 mètres, après que Pascal eu payé un bûcheron Népalais en gougounes dix dollars pour porter son sac sur les derniers kilomètres. Nous avons plus tard été accueilli par un unijambiste et sa femme tibétaine dans leur très modeste auberge juchée dans le haut d’une vallée extraordinairement verte et luxuriante, juste à temps pour le couché du soleil. Les murs en bois de la chambre sont tapissés par des articles du Figaro datant de 2003 et une batterie à énergie solaire y est le seul accessoire. On s’est d’ailleurs demandé si la batterie ne se rechargeait pas avec nos appareils plutôt que de les recharger! La cuisine hyper-rudimentaire est suffisante pour que notre hôte nous prépare un festin de pâtes et pizza, arrosé de Chang, un alcool de riz fermenté infecte. Nous passerons quatre nuits en ascension jusqu’à un village d’où nous gravirons des sommets encore plus hauts, en quelques heures de trek. 


Les villages que nous traversons sont relativement bien aménagés pour les trekkers mais les Népalais y vivent aussi une majeure partie de l’année dans des maisons construites de pierres entassées, de bois, de taule, etc… Les habitants sont bien usés par une vie destinée d’abord par leur caste (le système existe malheureusement encore ici mais tend à disparaître) mais aussi par un mode de vie de labeur sans répit dans des conditions extrêmes. Tout le matériel de construction, toute la nourriture, tous les biens, tous les vêtements, les meubles, tout tout tout doit être amené par porteur ou à dos de mule (pour les plus fortunés) dans les villages le long d’un parcours de trente-cinq kilomètres qui atteint 3800 mètres d’altitude. Les plaines rocheuses sont venteuses et froides, le soleil donne une peau cuirée, l’eau pour nettoyer la vaisselle et le linge est glaciale, les nuits humides, ils travaillent aux champs toute la journée, essaient d’attraper les quelques touristes en basse saison pour faire quelques sous avec la nourriture et bijoux vendus mais au final, ils peinent à garder la tête hors de l’eau.
 

La beauté de tout ça c’est que les Népalais sont un peuple magnifique, simple, paisible, souriant et authentique. Ils veulent tellement plaire, ils veulent notre bien et sont très honnête. On voudrait tout leur offrir et eux aussi nous offriraient tout ce qu’ils ont pour nous porter chance sur la route.

Sous le soleil d’été, de village en village, vous les verrez passer les aven, les aventuriers!!!

Durant l’ascension, je fais la connaissance d’un Mexicain, se llama Arturo, guide de montagne de profession, arborant la casquette John Deer, disons que ça attire l’attention! 


Il se joint à notre trio pour les dernières soirées que nous passerons chez l’habitant ou dans des gites très rudimentaires, non chauffés, sans électricité, humides et glaciales, mais qu’à cela ne tienne, nous sommes fous comme des enfants au camp de vacances! On passe nos soirées à bien manger en bonne compagnie, à jouer à des jeux, à faire de nouvelles rencontres et à faire des chaines de massage de mollets oh! combien nécessaires et sommes chanceux d’admirer les étoiles dans un ciel trop souvent couvert au creux des glaciers. Dès la première nuit au village de Kyanjim Gumba qui nous sert de «refuge», Arturo me propose d’aller faire l’ascension jusqu’au camp de base d’un autre sommet avoisinant et grimper jusqu’au «high camp» mais cela implique de m’équiper pour les nuits sous la tente et la grimpe sera enneigée. Je m’endors sur sa proposition, que je ne pourrai finalement pas refuser!

Le guide d’Arturo, toujours saoul sur le Chang, nous déniche le matériel qu’il me manque et nous prenons le chemin vers le «base camp» alors que Caroline et Pascal amorce le chemin du retour avec Raphael et Aurélie, deux Québécois rencontrés sur la route. Je les rejoindrai à Kathmandu dans les prochains jours. Nous plantons donc notre tente à 4200 mètres d’altitude dans un creux de montagne rocheux tout près d’un ruisseau qui puise son eau des glaciers en fonte. Notre première journée s’achève sur une bouffe en sachet de bines à la Louisianaise délicieuse! Nous sommes dans nos sacs de couchage vers 19h30, nous ne nous endormons pas immédiatement car des éclairs déchirent le ciel et enflamment le jaune de notre tente. Le tonnerre résonne avec quelques secondes de délai. Un spectacle de la grande et puissante nature qui nous fait sentir si petits dans nos cocons de plumes. La tempête se poursuit durant la nuit. On se réveille sous un pied de neige bien mouillée et lourde, tout est blanc autour de nous, les montagnes, les vallées, le paysages s’est métamorphosé durant la nuit. La fenêtre de une à deux semaines où les conditions météorologiques sont idéales au Népal pour faire l’ascension de l’Everest est quelque part au mois de mai et nous sommes en plein dedans! Pourtant cette neige annonce autre chose mais, théoriquement, dès que le soleil sera assez haut, il fera fondre le tapis blanc rapidement.


Nous amorçons donc notre ascension d’acclimatation avec des sacs de plastiques dans les bottes, tranquillement, car l’air est mince. Arturo est prudent car il joue aussi le rôle de guide et c’est lors d’une traverse vers le glacier qu’il m’annonce que je ne poursuivrai pas plus haut avec eux. Je ne suis pas équipée et c’est clairement risqué. Quoi??? Mais nous ne sommes même pas rendus à «high camp» et le plan initial devait m’y mener… Arturo ne le sent pas. Règle numéro un: on ne sépare jamais un groupe. Je ne peux pas retourner seule à «base camp» et je ne veux surtout PAS les freiner dans leur montée, pourtant je ne flaire pas de danger, ça me semble tout à fait faisable. Arturo a dû le flairer car après quelques minutes d’attente et d’observation, il me demande si je me sens d’attaque. Oh yes! Mets-en! On reprend donc le chemin, qui n’en est pas un, et traversons dans la neige vers le glacier, à pas prudents. 

Malheureusement, la météo ne sera vraiment pas de notre côté cette journée-là. Après un début de journée sous le soleil, le ciel s’est rapidement couvert et la neige se remet à tomber sur nos têtes. Le vent se met aussi de la partie. Nous devons nous rendre à l’évidence…. Arturo décide de faire demi-tour. Nima, le guide Népalais qui n’a pas mis les pieds sur cette montagne depuis les 10 dernières années et le porteur décident de poursuivre afin d’y laisser un sac et du matériel pour la suite demain!?!? L’ambiance n’est pas qu’hostile côté météo car le guide Mexicain et le guide Népalais ne s’entendent pas sur les règles basiques du mountaineeriing de ne jamais séparer un groupe en montagne. Ils poursuivront alors que nous redescendrons. Incroyable! La différence de climat entre 4850 et 4200 mètres car tout est sec et ensoleillé à notre arrivé au camp! Je fais sécher mes bottes au soleil, prépare un thé et de la soupe en sachet, j’enfile mes gougounes et dézippe mes shorts, le temps est bon, la journée fut mémorable, j’ai les joues chaudes et ma tasse me réchauffe les mains. Quelques heures plus tard j’aperçois au loin nos deux Népalais, dépourvus de sac et d’équipement, ils auront atteint leur but, mais pas aussi haut que prévu… Cette soirée là sera ma dernière nuit à «base camp». Demain je reprendrai la route pour rejoindre mes amis. 

Je me réveille à nouveau sous un pied de neige vierge, bien bien vierge. Je m’enfile deux cafés instantanés, une bouchée de gruau, enfile mes bottes encore mouillées, donne une poignée de main d’argent au porteur et au guide, fait mes au revoir à Arturo et commence ma descente en solo vers le pont et la plaine. L’esprit en paix, la tête remplie, les pieds légers comme un nuage, je flotte sur ma chance de cette rencontre à l’homme à la casquette John Deer. Je lui ai fait confiance, j’ai saisi la perche qu’il m’a tendue avec poigne et je n’ai pas regardé en arrière. Il m’aurait dit «viens jusqu’au sommet avec nous» et j’y serais allée. À chaque drapeau et chaque moulin de prière bouddhiste rencontrés, je lui ai envoyé mes énergies afin qu’il se rendre au sommet, mon ami. 

«Make it to the top my friend, make it to the top.» 


















Les trente-sept kilomètres de descente, je les ai fait en une seule journée. Passant de 4200 à 1400 mètres, sous un soleil de plomb, le sourire fendu jusqu’aux cheveux, j’y ai recroisé Marc-André, un Québécois sur la trotte comme nous, et sa clique de marcheur.
Tous les locaux que je croisais me demandaient d’où j’arrivais et où j’allais. Ils me regardaient avec de grands yeux écarquillés, je marchais voyant défiler les paysages et la végétation qui changeait, les quatre saisons passer en une seule journée. Je cueillais des feuilles de marijuana au passage (qui pousse comme de la mauvaise herbe), ne sachant pas trop ce que j’allais en faire. En cours de route, j’ai dû manquer un virage parce qu’absorbée dans mes pensées. À un certain moment, je me suis rendue compte que le chemin sur lequel je me trouvais ne semblait pas avoir été piétiné par une centaine de marcheurs. Quelque chose clochait. Je remontais de plus en plus m’éloignant de la rivière que je devais traverser. Je devais passer par dessus ou ramper sous des troncs d’arbres, les branches de bambous envahissaient le passage, les feuilles mortes s’étaient accumulées au sol depuis un moment… Oups! Je n’étais clairement pas sur la bonne route, mais depuis combien de temps?

La carte détaillée de la vallée, Caroline l’avait gardée, je n’avais qu’une photo sur mon iphone et une autre carte gratuite possiblement dessinée par un écolier. Les détails manquaient, il était 17h45. Dans moins d’une heure, le soleil serait caché derrière les montagnes et je savais qu’à partir du dernier village passé, j’en avais pour plus de deux heures de marche avant la fin. Pour couronner le tout, mon camel bag était... vide. Plus d’eau. Mon pouls s’accéléra. Mon corps suait et mon cerveau surchauffait. Je me disais à voix haute de rester calme. À un certain moment, j’ai crié de toutes mes forces espérant une réponse. Il n’y avait que des singes. Ok. Quand tu es perdu, retourne sur tes pas, tu retrouveras le bon chemin. C’est ce que j’ai fait, à la course, en descente, sur l’adrénaline pure, comme dans les vues!

Après une vingtaine de minutes de course, j’ai vu l’embranchement manqué. Soulagement. J’avais clairement la tête encore dans les nuages. Pas fière de moi sur ce coup. J’ai repris le bon chemin, toujours à la course, ne sachant pas combien de temps il me faudrait pour atteindre mon but, toujours à sec. Au loin j’aperçois un village. J’y rempli mon «camel bag» directement du robinet, ajoute une pastille de chlore, et me revoilà repartie au jogging avec 1,5 kilos en plus. J’ai finalement terminé ma «balade» une roche en main (au cas où….j’étais seule après tout) sous une lune à peine au quart de sa splendeur, à la lampe frontale, passant le dernier point de contrôle à 20 heures. L’aventure de Langtang tirait à sa fin. Le lendemain je prenais le bus pour un huit heures vers Kathmandu avec la dernière place disponible, à côté du chauffeur, toujours le sourire aux cheveux! Le soir on buvait une bouteille de blanc sur le toit de l’hôtel. Joie!

Le jour de mon 30e anniversaire, le 26 mai 2013, Caroline semblait tramer quelque chose pour ma fête. Je le savais, ce n’était pas un secret, nos amis rencontrés au Népal y seraient, en plus de nos amis locaux... Mais autre chose se mijotait. J’avais l’impression que j’aurais une visite surprise, pas celle d’un clown mal maquillé ou celle de gogoboys à nœuds papillon, mais celle de l’homme que j’aime qui était en Inde. Je ne devais surtout pas me faire d’attentes, car elles pourraient fortement ruiner ma soirée si je me trompais.

Avec mon chapeau conique, mon bindhi et ma jolie robe, Caroline et moi nous rendons au resto alors que Pascal devait aller remplir une mission «concernant quelque chose qui se mange» me disait-ils… Une longue tablée d’une douzaine de convives nous formions au centre de la cour d’un restaurant. Quelles étaient les chances que mon 30e se passe ainsi? J’étais vraiment, vraiment une femme chanceuse!!! Je ne veux pas être rabat-joie mais malgré toute la subtilité, la finesse et les efforts mis pour me cacher le plan, j’ai été «à peine surprise» quand j’ai senti les mains de mon amoureux se poser sur mes épaules!!! Oooooouuuuuiiiiiiiiiii! On s’est embrassé passionnément (évidemment), nous décollant que pour se regarder, tous deux incrédules, et heureux de nous revoir enfin!

Bien joué les amis!! Franchement, j’étais comblée de passer cette journée à des milliers de kilomètres de la maison, entourée par Raphael, Aurélie, Arturo, Gabriela, Pascal, Caroline, Jesus (oui!) Prabin, Marc-André, Gabriel, Annie, Julia…..et David! (la «chose qui se mange» m'a t-on dit!)

L’eau

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